Pourquoi observer?

Pourquoi observer?

Dès la naissance, l’être humain apprend naturellement en observant, en imitant. L’observation a un rôle important à jouer dans le domaine de l’éducation, mais dans ce contexte, elle doit être plus organisée que l’observation naturelle. Selon le Petit Robert, l’observation est l’action de considérer avec une attention suivie la nature, l’être humain, la société, afin de mieux les connaître. On peut en déduire que toute action éducative est basée d’abord et avant tout sur l’observation :

  • en observant, l’éducatrice apprend à connaître l’enfant;
  • en observant avec attention, l’éducatrice élabore de meilleurs scénarios d’intervention;
  • en observant de manière systématique, l’éducatrice collige des renseignements utiles qu’elle peut communiquer aux parents;
  • en observant avec une certaine distance, l’éducatrice apprend à se remettre en question. 

Ce sont là les principales raisons qui font que l’observation occupe une place centrale dans l’action éducative. L’éducatrice doit voir à ce que l’enfant soit bien et heureux. Elle doit être disponible et attentive à lui, à ses besoins et aux signes qu’il émet. Elle doit toujours essayer de trouver, pour chaque enfant et ce, à chaque moment, ce qui lui convient le mieux. L’être humain est unique et il se développe à son rythme; c’est pourquoi, lorsqu’il y a plusieurs enfants dans un même groupe, l’éducatrice doit porter une attention particulière à chacun. L’observation semble le moyen le plus approprié pour pouvoir intervenir adéquatement. 

L’acte d’observer n’a pas toujours de manifestations tangibles et perceptibles pour les autres, mais il demeure une technique fort dynamique. L’éducatrice pourrait croire qu’en observant, elle ne travaille pas, et même, elle pourrait se sentir coupable par rapport aux autres éducatrices absorbées par l’action directe. Elle doit se donner du temps de qualité pour observer tout en demeurant vigilante, ce qui peut avoir l’apparence de l’inaction. Cela n’exclut pas que pendant l’action, elle puisse continuer d’exercer une observation valable sur l’ensemble de son groupe. Elle doit, à chaque instant, avoir des yeux tout le tour de la tête! Elle n’a pas le choix d’observer lorsqu’elle est en action au milieu des enfants vu le nombre limité d’adultes et la présence de plusieurs enfants; c’est ce qu’on appelle « l’observation participante ». À travers l’observation des enfants, l’éducatrice peut noter des faits significatifs qui l’aideront pour l’application d’une démarche plus systématique. 

Finalement, lorsque l’éducatrice observe, elle doit rester objective et éviter de préjuger. Par objectivité, on entend la capacité de décrire la réalité le plus fidèlement possible. En notant des faits, l’éducatrice évite de faire intervenir des éléments affectifs et personnels. Elle doit rester impartiale et n’avoir aucun parti pris, sauf celui du mieux-être de tous les enfants. Ce n’est pas facile de demeurer objectif lorsqu’on travaille avec des êtres humains. L’application de méthodes rigoureuses et l’utilisation d’outils d’observation permettent à l’éducatrice de décrire la réalité le plus fidèlement possible. C'est en ce sens que le site devient un laboratoire d’observation, permettant le visionnement d’images de la vie quotidienne des enfants dans les services de garde québécois. L’élève qui étudie en Techniques d’éducation à l’enfance devient « observateur » ou « stagiaire » et il porte son regard sur les différents plans de caméra que lui offre une séquence vidéo. Il s’agit alors d’une forme d’observation assistée, d’une grande valeur pédagogique. 

Groupes d'âge

Exemples illustrant différents comportements

Poupons (0-24 mois)

Marie-Laurence s'endort
Marie-Laurence se frotte les yeux et elle a le regard fixe. Si l'éducatrice ne relève pas ce signe d'endormissement, elle ne peut pas savoir que l'enfant a un énorme besoin de dormir. La petite peut le démontrer plus tard en pleurant, mais il sera déjà trop tard. Il faut que l'éducatrice observe ces signes de sommeil avant que le petit train de sommeil de Marie-Laurence ne passe. L'intervention est alors tellement plus agréable; l'éducatrice peut ainsi simplement la bercer avant d'aller la mettre au lit. Marie-Laurence partira sans difficulté dans de magnifiques rêves.

Encore, encore
Thomas qui crie le mot « maman ». L’éducatrice qui entend et voit Thomas remarque que celui-ci est en pleine découverte de la portée de sa voix et du mot « maman ». De plus, elle observe que Thomas commence à se mettre debout en prenant appui sur la porte. Diane l’encourage en commentant ses actions, car elle a constaté l’émergence de ces apprentissages.

Est-ce que tu me le donnes? Merci!
L’éducatrice peut aussi observer et se remettre en question. Depuis quelque temps, Nadya constate que dans son service de garde familial, les bébés ont envie d’aller jouer dans la salle des plus grands et elle doit constamment les surveiller afin qu’ils ne portent pas à la bouche de petits objets. Cette situation lui demande énormément d’attention et de négociation. Dans cette séquence, Nadya se rend compte que le petit miroir de dentiste est dangereux pour Simon-Pierre. Le soir, elle réfléchit et fait l’analyse suivante : l’environnement dans son milieu de travail n’est plus adéquat pour ses petits adeptes de l’exploration avec la bouche. Sa première intervention, quand elle retournera dans ce milieu, sera de modifier l’environnement physique pour assurer la sécurité de tout ce beau monde. Elle retirera les objets de jeu trop petits et les remplacera par d’autres beaucoup plus gros.

 Préscolaire (2-5 ans)

 Hawaïenne!
Les enfants jouent dans les ateliers. Dans le coin du jeu symbolique, voici deux extraordinaires musiciens en pleine prestation; il s’agit de Matis et Simon. Tape, frappe sur l’établi, en solo, en duo, les voilà bien partis. Valérie saisit l’occasion pour sortir les instruments de musique. Malgré sa planification et son aménagement en place, l’éducatrice doit observer les jeux des petits et prendre les décisions en conséquence. Elle doit être à l’écoute des besoins de chacun pour savoir quoi leur offrir. Ici, nos deux musiciens en herbe veulent de vrais instruments de musique; alors tambours, tambourins, baguettes, maracas, tout se met en place pour que l’orchestre poursuive l’interprétation de « Hawaïenne », cette magnifique chanson du groupe Les Trois Accords.

Tristan et les ciseaux
Tristan exerce son habileté manuelle en utilisant des ciseaux. Découper une feuille de papier se révèle difficile, car sa consistance fait qu’elle se plie facilement. Il utilise sa main gauche pour manier les ciseaux et sa main droite pour tenir la feuille de papier. Valérie constate que Tristan éprouve de la difficulté; elle dépose donc près de lui une paire de ciseaux pour droitier dans le but d’observer sa latéralité. Sans hésiter, Tristan poursuit son exploration en acceptant la proposition de Valérie.

Yé! Yé! Yé!
Adam démontre de belle façon à Valérie son envie de danser. Il saute et crie : « Yé! Yé! Yé! » L’éducatrice doit observer les enfants pour savoir quelle activité leur proposer. Valérie comprend bien qu’Adam ressent un énorme besoin de bouger, de danser. Elle répond à la demande en mettant de la musique. Elle obtiendra du succès auprès de tous les enfants étant donné qu’ils ont été longtemps assis durant le repas. Musica!

 Scolaire (5-12 ans)

Sortie au lac Pouce 42: le cafard de Dave
Plus la soirée avance et plus la nuit approche, plus Mireille se rend compte que Dave ne se sent pas bien. Il est assis sur son lit et son non-verbal démontre une certaine tristesse, il ne parle pas, il ne sourit pas. Elle lui propose de venir parler avec elle, elle sait qu’il s’ennuie de ses parents. Durant cette jasette, elle essaie de soulager Dave de son cafard en lui proposant différentes solutions; par exemple, elle lui rappelle que son ami est là avec lui, qu’il n’est pas seul, qu’il a la possibilité de téléphoner à son père. En prenant le temps d’observer, Mireille s’est vite rendu compte du malaise que vivait Dave et son intervention, basée sur une petite discussion, l’a aidé à résoudre son problème. Le reste de la soirée et de la nuit a été plus agréable pour l’enfant.

SSGQ 8 : Médiation
Julie a observé qu’un conflit avait éclaté entre Kassandra et Miguel. Elle a entendu Miguel prononcer des paroles pas très gentilles à l’intention de Kassandra et elle voit bien qu’il y a de la tension entre eux. Dans cette séquence, Julie joue le rôle de médiatrice en prenant soin d’observer les réactions de chacun. Elle se rend vite compte qu’ils ne sont pas prêts à régler ce différend et qu’il vaut mieux attendre que la tension baisse un peu. En prenant le temps d’observer, en posant un regard extérieur à la situation, l’éducatrice comprend mieux ce qui se passe et cela lui permet de proposer des solutions plus adéquates aux enfants. Ici, Julie offre aux enfants de se parler plus tard, car ils sont encore trop en colère; lorsqu’ils seront prêts ou s’ils ont besoin d’aide, ils peuvent demander l’intervention d’un adulte. 

Insectes 101
L’éducatrice peut aussi utiliser l’observation pour répondre aux besoins et aux intérêts des enfants. En visionnant la séquence, vous découvrirez deux garçons passionnés par les insectes : ils cherchent des mille-pattes dans le parc. Lorsque l’éducatrice prend le temps de regarder les enfants jouer, elle apprend beaucoup sur eux; elle pourrait, après cette observation, leur proposer d’explorer le thème de l’environnement et donner lieu à des projets surprenants.